France
C’est à l’hôpital de La Flèche, en 1636, que les Hospitalières amorcent leur service auprès des pauvres malades.

Débuts de la congrégation
La congrégation des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph (RHSJ) a été fondée à La Flèche en 1636, sous le nom de Filles hospitalières de Saint-Joseph, par Jérôme Le Royer de la Dauversière. Marie de la Ferre en est la cofondatrice. L’approbation officielle de Claude de Rueil, évêque d’Angers, fut accordée en 1643. Même si ce n’était pas l’intention du fondateur, la réforme des Constitutions en 1662 par décret de Mgr Henri Arnauld, évêque d’Angers, impose les vœux solennels et la clôture. La vie cloîtrée obligatoire ne sera pas un obstacle aux œuvres accomplies à l’intérieur de l’enceinte des hôpitaux et des autres institutions. Depuis les débuts, les sœurs hospitalières se sont dévouées auprès des malades, des personnes handicapées et des personnes âgées. Elles accueillent aussi des orphelins et des orphelines et, assez souvent, elles ouvrent des pensionnats pour jeunes filles, ce qui contribue au recrutement des religieuses.
Au XVIIe siècle, quelques sœurs de La Flèche iront fonder une communauté et un Hôtel-Dieu à Laval, à Baugé, à Moulins et à Beaufort-en-Vallée, alors que l’Hôtel-Dieu de Nîmes, qui a été fondé par un groupe de sœurs entrées à La Flèche, Laval et Moulins, sera à l’origine de la communauté d’Avignon. De plus, Nîmes participera avec Avignon à la fondation de la maison de L’Isle-sur-Sorgue et de celle de Rivières-de-Theyrargues. Trois sœurs hospitalières de Laval et de La Flèche iront au Canada prendre en charge l’Hôtel-Dieu de Montréal. Beaucoup plus tard, en France, deux communautés religieuses s’affilieront à la congrégation des Hospitalières de Saint-Joseph avec qui elles ont des points communs et des œuvres semblables. En 1819, les Hospitalières Chanoinesses d’Ernée s’affilient aux Hospitalières de Saint-Joseph de Laval. En 1904, les Sœurs de Saint-Joseph de Beaupréau s’affilient aux Hospitalières de Saint-Joseph de Baugé dont elles ont déjà la règle. Une maison sera établie à Paris en 1967 pour héberger le Conseil provincial des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph en France.
Liens entre les communautés
À partir des origines de la congrégation, les maisons devenaient autonomes peu de temps après leur fondation, ce qui ne les empêche pas d’être très unies entre elles par une mission commune et une spiritualité qui leur est propre. De plus, les échanges épistolaires, comprenant les lettres d’offices de la communauté envoyées en septembre, les lettres de fin d’année et celles de Pâques, favorisent la connaissance mutuelle et l’attachement entre toutes les maisons de la congrégation en France et en Amérique.
Peu importe le lieu d’insertion des maisons, des liens très forts unissent les sœurs hospitalières, surtout les fondatrices qui quittent souvent une maison mieux nantie pour en fonder une nouvelle. Au cours des siècles, plusieurs institutions des RHSJ prennent racines en Amérique du Nord. La communauté des Hospitalières de l’Hôtel‑Dieu de Montréal est la première des nombreuses maisons de Religieuses Hospitalières qui seront fondées au Canada (Québec, Ontario, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse et Alberta), aux États-Unis (Vermont, Illinois, Montana, Wisconsin et Maine), en Amérique latine (Pérou, République dominicaine et au Mexique) et en Afrique (Bénin).
Hôtel-Dieu de La Flèche
L’histoire de l’Hôtel-Dieu de La Flèche dans la Sarthe débute dans les années 1630 et fait partie des projets du célèbre Fléchois Jérôme Le Royer de la Dauversière, fondateur de la congrégation des Filles hospitalières de Saint-Joseph. Il fit d’abord rénover l’ancien hôpital et la chapelle, qui sera désormais dédiée à saint Joseph et deviendra le siège de la Confrérie de la Sainte-Famille. Le 18 mai 1636, Marie de la Ferre, cofondatrice de la congrégation, et Anne Foureau entrent à l’Hôtel-Dieu et vivent en communauté avec les trois servantes des pauvres qui y œuvrent déjà.
L’Hôtel-Dieu de La Flèche progresse rapidement et la communauté de La Flèche joue un rôle important auprès des autres maisons françaises, particulièrement les trois communautés de Laval, Baugé et Moulins, qu’elle ira fonder en 1650 et 1651. Dans les débuts, les Filles hospitalières de Saint-Joseph sont membres d’une congrégation à vœux simples. La communauté de La Flèche mettra plusieurs décennies avant d’accepter les vœux solennels et le cloître, tel que le demande Mgr Henri Arnauld, évêque d’Angers.
Communauté des RHSJ de La Flèche
Comme ce fut le cas pour toutes les maisons des Hospitalières de Saint-Joseph, celle de La Flèche aura à souffrir de la Révolution française. En 1793, les sœurs sont chassées de l’Hôtel-Dieu qui sera transformé en prison. Elles quittent l’habit religieux et se réfugient pour la plupart dans leurs familles. Toutefois, en 1803, leurs services sont requis à l’Hôpital civil de La Flèche établi dans l’ancien couvent de la Visitation confisqué par les révolutionnaires. Sans en être propriétaires, les hospitalières y travailleront jusqu’en 1993. Le Pôle Santé Sarthe et Loir formé par la fusion des hôpitaux de La Flèche et de Sablé-sur-Sarthe ouvrira ses portes en 2000.
En 1985, les sœurs quittent les locaux de l’hôpital pour emménager dans une nouvelle maison au 12 de la rue Henri-Dunant. Elles continuent cependant d’être présentes auprès des malades, des personnes seules et des pauvres, par leurs engagements dans la paroisse, à l’aumônerie et dans diverses associations et mouvements. Après 318 années de présence à La Flèche, la maison des religieuses hospitalières ferme définitivement ses portes en mai 2021, et les trois dernières sœurs se joignent à la communauté Marie-de-la-Ferre de Beaupréau-en-Mauges. Mais, la ville de La Flèche conserve des traces de leur présence. Monuments, plaques commémoratives et lieux de mémoire rappellent le souvenir de Jérôme Le Royer de la Dauversière et des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph à La Flèche.
Débuts de l’Hôpital de Laval
Au Xe siècle, le seigneur de Laval fit bâtir sur la rive gauche de la Mayenne près du pont, une chapelle en l’honneur de saint Julien et y fit transporter une aumônerie. Au XVIe siècle, les fabricants de toile font ajouter des bâtiments à l’hôpital à mesure des besoins et des dons reçus. L’ajout d’une construction en 1619 ne suffira pas. La création d’un nouvel hôpital bien conçu et plus vaste est devenue une nécessité, tout comme le besoin de mains expertes pour les soins des malades. La renommée des Filles hospitalières de Saint-Joseph de La Flèche étant parvenue jusqu’à Laval, la ville entreprend des démarches pour les faire venir. Le 16 juin 1648, Jérôme Le Royer de la Dauversière signe un contrat au nom de ses Filles hospitalières, et le maire et les échevins s’engagent au nom des habitants de Laval.
La ville achète un terrain pour y édifier le nouvel Hôtel-Dieu. La Grand’Maison est conservée et désignée comme logement des Filles hospitalières de Saint-Joseph dont Mgr de Beaumanoir, évêque du Mans, approuve l’établissement à Laval le 22 septembre 1650. Les Lettres patentes de Louis XIV seront signées le 28 mars 1651. Entretemps, les administrateurs font bâtir une chapelle et deux salles de 50 à 60 lits. Guillaume Troussard fait don de 3000 livres pour la construction du chœur des sœurs reliant leur maison à la chapelle. Le nombre des malades augmentant, deux autres salles de malades seront construites par la suite.
De filles séculières à religieuses cloîtrées
Un groupe de huit hospitalières de La Flèche arrive à Laval le 20 novembre 1650 pour se mettre gratuitement au service des malades. Elles emportaient avec elles les meubles nécessaires et avaient une pension suffisante pour leur entretien et leur nourriture. La communauté de Laval sera la première filiale de La Flèche et un modèle pour celles qui suivront. En 1662, la réforme des Constitutions des Religieuses Hospitalières, par décret de Mgr Henri Arnauld, évêque d’Angers, impose les vœux solennels et la clôture aux Filles hospitalières. La communauté de Laval jouera un rôle actif en faveur de cette réforme, très controversée à La Flèche. La communauté de Laval est alors en plein essor et, en 1663, deux sœurs vont fonder la communauté de Nîmes.
Au siècle suivant, vers 1765 s’ouvre une période de décadence due à une excessive pauvreté. En 1778, les communautés de La Flèche, Baugé et Beaufort concourent au relèvement de la communauté de Laval par l’envoi de sœurs, dont une supérieure. À la Révolution, en 1791, un mur fut élevé à la place de la grille entre le chœur des sœurs et la chapelle. Les religieuses ne quittèrent pas leur maison, mais le port de l’habit religieux leur est interdit en 1792. Malgré leur pauvreté et leur détresse, elles offrent asile à huit compagnes chassées de La Flèche et de Beaufort-en-Vallée.
Services des RHSJ à l’hôpital
En mars 1795, l’Hôtel-Dieu Saint-Julien devient hôpital militaire, mais la salle Saint-Charles est réservée pour la population de Laval et confiée aux hospitalières qui continuent d’y soigner les malades. En 1797, elles reprennent les services dans l’hôpital en entier. Puis en 1800, après l’élection de Mère Vallée, la communauté reprend la vie régulière. En 1801, le mur entre la chapelle et le chœur des sœurs est enlevé et la grille rétablie. Un pensionnat pour filles est ouvert. Suivant le décret de 1803, la communauté bénéficie de l’approbation de Napoléon en 1810.
Au XXe siècle, les sœurs hospitalières de Laval vont jouer un rôle important durant les deux guerres mondiales de 1914-1918 et 1939-1945, car l’hôpital est alors presque uniquement militaire. L’Hôpital Saint-Julien sera aussi renommé pour la qualité de la formation du personnel soignant.
La communauté des Hospitalières de Laval a donc œuvré dans l’ancien établissement de 1650 à 1975, rue Paul Boudet ou Sainte-Anne. Les sœurs seront en service de 1970 à 1978 au nouvel hôpital de la rue Avesnière. En 1974, un hôpital moderne de 560 lits ouvre ses portes et les malades du vieil Hôtel-Dieu y sont transférés. De 1978 à 1987, il ne reste plus que huit hospitalières en service dans cet établissement et leur communauté est relocalisée au Bourny. Un groupe de onze sœurs de Laval se joint à la communauté d’Ernée. Par la suite, en 1990, une petite communauté fut établie aux Pommeraies dans un but apostolique et y demeura jusqu’en février 2011.
Construction d’un hôpital à Baugé
Dès 1643, Marthe de la Beausse, une célibataire sans fortune, commence la construction d’une chapelle et d’un hôpital à Baugé. Sept ans plus tard, la chapelle est achevée, mais les murs de l’hôpital sont dépourvus de leur charpente. Mlle Anne de Melun, princesse d’Épinay, vint y habiter le 10 août 1650, accompagnée de son frère. La construction de l’hôpital progresse rapidement grâce à l’immense fortune de la princesse reconnue comme bienfaitrice et fondatrice de l’Hôtel-Dieu de Baugé.
Comme Baugé souhaite avoir des religieuses pour soigner les pauvres malades, une députation se rend à La Flèche demander de l’aide. À titre de procureur des Filles hospitalières de Saint-Joseph, Jérôme Le Royer de la Dauversière signe un concordat avec la ville, le 26 novembre 1650. Anne de Melun et son frère font d’abord compléter les salles des malades et un appartement pour accommoder trois hospitalières de La Flèche. Marthe de la Beausse se joint à la communauté et en peu de temps des recrues viennent de partout. La généreuse bienfaitrice Anne de Melun fit enclore toute la propriété d’un mur de pierre et construire une cuisine et une célèbre pharmacie qui existe toujours.
Meublée et équipée entre 1650 et 1700, l’apothicairerie de Baugé est ouverte en 1675. Elle sera en activité jusque dans les années 1940 et classée « monument historique » en 1947. Elle est l’une des plus riches de son temps et, au dire des connaisseurs, la plus belle apothicairerie de l’Europe. L’apothicaire ou pharmacienne de l’Hôtel-Dieu est une religieuse hospitalière chargée de composer et d’administrer les remèdes aux malades. La communauté cultivait son propre jardin de plantes médicinales. La chapelle de l’Hôtel-Dieu fut aménagée par Anne de Melun en même temps que l’apothicairerie. Cependant, ce n’est qu’à la fin du XIXe que fut posé le grand vitrail représentant Monsieur Le Royer de la Dauversière et sa vision de la Sainte Famille à Notre-Dame de Paris en 1635.
Soin des malades et éducation des filles
Jusqu’au XVIIIe siècle, il n’y avait à l’hôpital qu’une grande salle munie d’une cloison pour séparer les hommes et les femmes. Sœur Jeanne Poulard, qui est converse, eut l’idée de recueillir des dons pour faire construire une salle pour les hommes. Au bout de trois ans, elle avait accumulé 3,000 livres; la première pierre fut posée le 26 juin 1772.
Quand leur couvent fut supprimé en 1760-1763, plusieurs Bénédictines de Baugé se joignirent aux Hospitalières de Saint-Joseph. Au début de la Révolution française, en 1789, la communauté des Hospitalières à Baugé compte vingt-trois sœurs de chœur, huit converses et deux tourières. Une seule sœur retournera dans sa famille. Les biens des sœurs sont confisqués. Elles doivent renoncer à l’habit religieux, mais elles peuvent continuer leur service à l’hôpital. Toutefois, le pensionnat pour jeunes filles doit fermer ses portes. Réouvert en 1810, le pensionnat sera définitivement fermé en 1906 à cause de la loi Combes.
En 1903, la création d’une clinique de chirurgie dans un bâtiment isolé comprend une salle d’opération et plusieurs chambres bien éclairées. En plus des pauvres, on y reçoit des malades pouvant payer une pension. En 1959, les religieuses de Baugé fondent la maison de retraite Anne-de-Melun. En 1991, la dernière sœur hospitalière cesse ses activités à l’hôpital et la communauté qui demeurait à la maison du 32 rue du Dr-Zamenhof tout près de l’hôpital quitte définitivement Baugé.
Patrimoine des RHSJ à Baugé
En plus de son apothicairerie reconnue comme « la plus belle d’Europe » ainsi que sa magnifique chapelle et ses bâtiments historiques, l’Hôtel-Dieu de Baugé est désormais un intéressant lieu de mémoire ouvert aux visiteurs intéressés à découvrir ce que fut une œuvre des Hospitalières de Saint-Joseph entre 1650 et 1991. On peut y voir le lit de repos et autres objets ayant appartenu à Anne de Melun et visiter une salle de malades reconstituée comme au XVIIe siècle, ainsi que la salle de communauté et le réfectoire des religieuses. À la sortie, un jardin de plantes médicinales a été aménagé à l’authentique.
Site Web de Baugé:
https://chateau-bauge.fr/histoire/
Pendant ses études à La Flèche en 1646, Gabriel Girault, jeune homme originaire de Moulins dans l’Allier, fait la connaissance de Jérôme Le Royer de la Dauversière et s’émerveille devant le bon fonctionnement de l’Hôtel-Dieu de La Flèche. Devenu prêtre, il retourne à Moulins et tente de convaincre les notables de sa ville de faire venir les Hospitalières de La Flèche pour ouvrir un hôpital pour femmes malades. Jérôme Le Royer de la Dauversière, procureur des Hospitalières, reçoit une invitation et quitte La Flèche le 20 septembre 1648. Il arrive à Moulins vers la fin du mois et est aussitôt présenté aux dirigeants de la ville qui ont des propos polis, mais inefficaces, car leurs objections dominent les pourparlers.
Madame la duchesse de Montmorency
Monsieur de la Dauversière était sur le point de retourner à La Flèche, quand on le présenta à Félicie des Ursins, duchesse de Montmorency, retraitée au couvent de la Visitation de Moulins après la mort tragique de son mari, le maréchal Henri de Montmorency. Cette grande dame usera de son influence pour faire avancer la cause de l’Hôtel-Dieu et versera immédiatement 3,000 livres pour la construction de la chapelle. Outre les conditions habituelles, il est entendu avec la ville que les sœurs doivent se construire un couvent et voir à leur subsistance. Quant à l’œuvre, en plus des femmes malades, elles devront s’engager à admettre des petites orphelines de trois à douze ans. Monsieur de la Dauversière accepte les conditions, signe le contrat et demande au chanoine Girault de voir au nécessaire pour l’installation des Hospitalières. Il est entendu que Marie de la Ferre viendra à Moulins avec quatre sœurs hospitalières, mais les notables de la ville ne sont pas pressés.
De La Flèche à Moulins
Deux ans vont s’écouler avant que l’on invite les Hospitalières à remplir leur engagement. Entretemps, la duchesse a tenu parole et la chapelle est achevée. De plus, les salles de malades avancent bien. Le 20 novembre 1650, l’évêque d’Angers donne son autorisation et le 8 mai 1651 les cinq Filles hospitalières accompagnées de leur aumônier l’abbé Jean Gyrot quittent La Flèche. Ce sera un long périple d’une dizaine de jours : d’abord en route vers Baugé et bref arrêt à l’Hôtel-Dieu; puis vers Saumur où elles prennent le coche et remontent la Loire jusqu’à Nevers. Le reste du voyage se fera à cheval jusqu’à Moulins, où le chanoine Girault les reçoit chaleureusement.
Comme la ville n’a pas prévu de logement, monsieur Dubuisson de Beauregard, trésorier de France pour le Bourbonnais, leur offre l’hospitalité de sa grande maison. Les sœurs pourront bénéficier de l’appui de la majorité des gens de Moulins et de l’influence de la duchesse de Montmorency. Le 4 juin 1651, jour de la Sainte Trinité, Marie de la Ferre et ses compagnes vont loger à l’Hôtel-Dieu, et prêter main forte à une femme âgée nommée Julienne qui soigne les malades. Deux postulantes se joignent immédiatement à la communauté.
Mais tout n’est pas réglé, car les Filles hospitalières doivent pourvoir à leur logement. Un message leur parvient presque aussitôt annonçant que M. et Mme Mérault de Corbeville leur font une aumône de 20,000 livres pour l’achat d’un terrain et la construction d’un couvent. Pierre Mérault de Corbeville, receveur général pour le Bourbonnais, avait rencontré Jérôme Le Royer à Paris en 1648 après la signature du contrat avec Moulins et lui avait promis 4,800 livres pour son œuvre. Il en donnera davantage.
Épidémie et décès de Marie de la Ferre
Les Hospitalières ont à peine commencé à organiser les soins à l’hôpital qu’une calamité frappe la ville de Moulins au début de 1652. L’Allier inonde les parties basses de la ville et s’infiltre dans le rez-de-chaussée et les caves de l’Hôtel-Dieu. Il s’ensuit une maladie contagieuse qui fait des ravages. L’hôpital est rempli de malades et plusieurs sœurs sont atteintes. Après avoir soigné les malades sans répit, Marie de la Ferre succombe à son tour et décède le 28 juillet 1652, victime de sa charité envers les pestiférés. Jeanne Le Royer, fille aînée de Jérôme Le Royer de la Dauversière, la remplacera comme supérieure et son père viendra la conduire à Moulins.
La communauté des Hospitalières de Saint-Joseph de Moulins ne se relèvera pas après la Révolution française. En 1793, les sœurs sont chassées et leurs propriétés sont confisquées. Malgré les efforts déployés pour continuer l’œuvre, la supérieure Mère Esmelin n’aura pas gain de cause et les quelques sœurs hospitalières disponibles trouveront refuge dans leurs familles. En 1802, les Filles de la Charité remplaceront les Hospitalières de Saint-Joseph à l’Hôtel-Dieu. Malheureusement, les archives de Moulins ont disparu à la Révolution, mais les Annales de Moulins de Mère Péret ainsi que le coffret des ossements de Marie de la Ferre conservés par les Bénédictines de Chantelle seront rendues aux sœurs de La Flèche en 1874.
Débuts de l’Hôpital de Nîmes
Dès 1313, Raymond Ruffi fonde un hôpital à Nîmes près de la Porte couverte (Porte de France). En 1320, l’hôpital est confié aux Chevaliers de l’Ordre de St-Jean de Jérusalem. La ville de Nîmes l’achète en 1483 et les consuls décident d’y rassembler les autres hôpitaux de la ville sous l’appellation d’Hôtel-Dieu. En 1564, des religionnaires détruisent l’hôpital, qui sera pourtant reconstruit en 1592. En 1659, on fait construire une église pour les malades de l’Hôtel-Dieu. Quatre ans plus tard, à la demande de l’évêque Anthime Denis Cohon et des consuls de Nîmes, les Hospitalières de Saint-Joseph acceptent de gouverner l’Hôtel-Dieu, qui est en très mauvais état. Mais les sœurs ont de l’expérience et elles réussiront bientôt à y faire régner l’ordre et la propreté chez les malades et les orphelins.
Si l’on tient compte de l’envoi de trois sœurs Hospitalières de Saint-Joseph à l’Hôtel-Dieu de Montréal en 1659, Nîmes est la sixième maison des Hospitalières de Saint-Joseph et la première à être cloîtrée. Le 28 mai 1663, l’Hôtel-Dieu est confié à une communauté de cinq religieuses qui prononceront leurs vœux solennels le 27 juillet 1663. Elles prennent l’habit religieux qui comprend « une robe longue, une ceinture soutenant le chapelet, guimpe et petit bonnet sous le voile ». Cet habit remplace « l’habit simple et modeste avec coiffe » porté par les Filles de St-Joseph.
Les sœurs Anne de Cléraunay, supérieure, Jeanne Le Royer, assistante, et Marguerite Renard, sont toutes trois entrées à l’Hôtel-Dieu de La Flèche. Les sœurs Lésine Bérault des Essarts et Renée Le Roy sont de Laval, et Marie-Thérèse d’Obeilh, de Moulins. Elles signent un contrat avec l’Hôpital en 1665 en présence du Prince Armand de Conti, gouverneur du Languedoc. En décembre 1667, Louis XIV accorde des lettres patentes aux Hospitalières de Saint-Joseph de l’Hôtel-Dieu de Nîmes. La première pierre du monastère des religieuses est posée en 1669. La communauté de Nîmes fait de grands progrès et contribue à trois fondations dans le Midi : en Avignon, dès 1672, à L’Isle-sur-Sorgue en 1685 et à Rivières-de-Theyrargues en 1698.
Le sort des Hospitalières de Nîmes durant la Révolution française semble plus facile à supporter que dans les autres maisons de la congrégation. En 1789, les hospitalières se voient forcées de quitter l’habit religieux et puisqu’elles sont « condamnées à une prison perpétuelle dans leur couvent », elles continuent à soigner les malades et à recevoir des novices. En 1810, le Concordat les confirme dans leurs fonctions. En 1830, l’Hôtel-Dieu est agrandi et la façade principale reconstruite. Un nouvel hôpital civil et militaire est construit en 1832. En plus des malades, les sœurs se chargeront d’éduquer des orphelins et des orphelines pour plus de 140 ans.
Polyclinique St-Joseph
À la séparation de l’Église et de l’État au début du XXe siècle, les Hospitalières sont expulsées de l’hôpital qui reprend le nom d’Hôpital Ruffi. En 1905, un matin, elles découvrent que pendant la nuit un mur a été élevé devant la porte intérieure qui leur permettait de passer de leurs locaux vers l’hôpital. Les Hospitalières conserveront la propriété du monastère et de la chapelle. Elles ouvrent d’abord un dispensaire dans l’ancienne aumônerie. En 1910, la Clinique Saint-Joseph prend forme dans des locaux attenant au couvent. En 1934, l’hôpital Ruffi déménage. La Clinique continue de progresser et, en 1950, un nouveau pavillon lui est annexé.
En 1975, les sœurs vendent la Polyclinique Saint-Joseph et conservent un dispensaire contigu à la chapelle jusqu’en 1990. En 1979, le monastère de l’ancien Hôtel-Dieu est démoli et un bâtiment neuf s’élève en prolongement de la Polyclinique. Par la suite, les sœurs s’impliquent dans divers apostolats. En 2003, après 340 ans de présence à Nîmes, les Hospitalières de Saint-Joseph quittent définitivement.
Histoire de l’Hôpital de Beaufort-en-Vallée
Le riche bourgeois Jean Jouanneaux et sa femme Jeanne fondent l’Hôpital de Beaufort-en-Vallée en 1413 et le placent sous l’invocation de Saint-Jean. Le petit hôpital reçoit les pauvres passants et les orphelins. À l’instigation de l’évêque d’Angers, Mgr Henri Arnauld, les habitants de Beaufort entreprennent des démarches vers 1670 pour faire venir des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph de La Flèche. Louis XIV accorde des lettres patentes en mai 1670. Les fondatrices arrivent à Beaufort en mai 1671 et trouvent un hôpital en mauvais état. Elles ont de plus à voir au bien-être d’une douzaine de pauvres orphelins et orphelines qui trouvent abri à l’Hôtel-Dieu.
Des administrateurs nommés par la commune ont la responsabilité de l’hôpital dont la municipalité est propriétaire. Le contrat reconnaît le besoin d’au moins huit sœurs pour les services hospitaliers. Dans les débuts, Anne de Melun vint de Baugé leur porter secours, y mettre de l’ordre et de la propreté. Des travaux de construction sont entrepris et le Conseil de ville finit par y contribuer. Graduellement, la communauté fera l’acquisition des propriétés avoisinantes afin de construire les locaux nécessaires pour répondre aux besoins de la communauté. Dès les débuts, Radegonde Vallet, une riche héritière, consacre une partie de sa fortune au logement des sœurs. Par la suite, cette généreuse bienfaitrice entrera à la communauté.
Œuvres des Hospitalières à Beaufort-en-Vallée
Les sœurs assuraient le soin des malades jour et nuit, et elles avaient aussi la responsabilité de la pharmacie et de la plupart des services de l’hôpital. Dès leur arrivée à Beaufort en 1671, les religieuses acceptent de prendre soin des pauvres orphelins qui se trouvent à l’hôpital, responsabilité qu’elles assumeront jusque vers 1790. Les religieuses hospitalières ont beaucoup souffert de la Révolution entre 1793 à 1800, période où elles furent emprisonnées, menacées de déportation puis libérées. Elles reviennent à Beaufort en 1795. Dans le livre L’Hôpital de Beaufort et les religieuses qui le desservent, Joseph Denais raconte en détails l’histoire des Hospitalières de Saint-Joseph de Beaufort.
Après la Révolution, l’administration des hospices ne se charge plus des petits orphelins, ce dont il était question dans l’acte de fondation de l’hôpital de Beaufort en 1412 ainsi que dans le concordat avec les Hospitalières en 1671. L’offre faite aux religieuses en 1868 d’ouvrir un orphelinat pour garçons et filles n’aura pas de suites.
Pension St-Joseph
L’œuvre de l’enseignement mise sur pied par les religieuses vingt-cinq ans après leur arrivée à Beaufort-en-Vallée répondait à des besoins de la société. La construction d’un pensionnat pour jeunes filles issues de la noblesse ou de la bourgeoisie débute en 1696. La date 1697 est toujours inscrite à la fenêtre d’une mansarde. Quelques religieuses, telles les mères de Contades et de Gargilesse, étaient d’anciennes élèves de la communauté comme ce fut le cas dans plusieurs maisons des Hospitalières en France et au Canada.
Le pensionnat, qui dut fermer ses portes en 1790, sera rouvert quelque temps après la Révolution, mais sera définitivement fermé vers 1873. Par la suite, des pensionnaires adultes hommes et femmes seront acceptés et logés dans l’aile qui porte toujours sur la façade le nom de Pension Saint-Joseph. Après la guerre de 1939-1945, on y installera un service de maternité relevant de l’hôpital.
Départ des Hospitalières en 1963
En 1952, la communauté de Beaufort-en-Vallée adhère à la Fédération des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph de France, puis au Généralat français en 1962. Faute de recrutement, le nombre de religieuses devint alors insuffisant pour assurer les services hospitaliers. Le Conseil général décide, en 1963, de transférer les sœurs dans d’autres maisons de la congrégation et de vendre les propriétés de la communauté de Beaufort-en-Vallée dont elles ont eu la responsabilité depuis presque trois cents ans.
Les Hospitalières en Avignon 1671‑1911
Au milieu du XIVe siècle, Bernard de Rascas fit construire un splendide hôpital et un couvent pour les religieux qui le desservent. À l’époque, en 1353, le Conseil de ville avait l’administration temporelle de l’hôpital et de pieuses femmes et des filles dévotes servaient les malades. En décembre 1670, le Conseil de ville d’Avignon décide de faire venir des hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Nîmes pour s’occuper des malades de l’hôpital Sainte-Marthe. Reconnues pour la qualité de leurs services et leur disponibilité, elles acceptent de fonder une nouvelle communauté en Avignon. L’archevêque d’Avignon Azzo Ariosto donne son approbation en février 1671.
La communauté de Nîmes envoie trois sœurs pour négocier une entente. Le contrat signé le 21 octobre 1671 fixe les devoirs de la communauté, qui devra s’établir à perpétuité et assurer son autosubsistance avec la pension annuelle de trente écus par sœurs et les dots des nouvelles recrues. L’établissement de la nouvelle communauté formée des trois sœurs venues de Nîmes et de quelques hospitalières de Moulins a lieu le 3 février 1672, en présence de l’archevêque, des autorités civiles et de la noblesse. En plus du soin des malades, les sœurs s’occupent de l’éducation de grandes et petites pensionnaires. L’arrivée de novices bien dotées permet d’agrandir la communauté. La construction du monastère s’étalera sur plus de 80 ans, et l’église consacrée à saint Joseph sera achevée en 1756. Mais alors, une inondation du Rhône dévaste ces nouvelles constructions.
La Révolution française n’épargnera pas la communauté. À partir de 1790, la nouvelle municipalité saisit les biens de la communauté et de la sacristie. Les vœux solennels sont annulés, ce qui incite une dizaine de sœurs à quitter. Finalement, de vingt-huit religieuses en 1789, il n’en reste plus que six en 1793. Elles conservent l’habit religieux et refusent de donner une partie de leur monastère pour loger les malades. Le conseil général de la commune décide alors d’expulser les religieuses qui trouveront refuge dans leur famille ou chez les hospitalières de Nîmes.
Le monastère des RHSJ d’Avignon sera réouvert après la Révolution. À l’été 1801, l’administration de l’Hôpital communique avec les quelques hospitalières réfugiées à Nîmes. Une convention est signée le 16 novembre 1802 assurant aux religieuses une pension payée par l’hôpital, mais elles ne seront plus propriétaires des murs. Sept anciennes religieuses forment la communauté et le Premier consul Bonaparte approuve leur établissement le 17 février 1804. Le nombre de religieuses augmente, mais les relations avec les autorités civiles resteront tendues.
Il y a conflit en 1830 au sujet de la chapelle des malades. Plus tard en 1840, des incendies criminels se déclarent au couvent, et l’hôpital accuse les sœurs. L’administration des hospices décide de remercier les Hospitalières de Saint-Joseph et fixe leur départ au 1er janvier 1845. Motif de cette décision : elles sont des religieuses cloîtrées. Les religieuses qui refusent de partir sont expulsées par l’armée. Elles se réfugient à l’archevêché puis aux Célestins et reçoivent de l’aide des communautés de France et du Canada. L’hôpital loge alors des indigents dans leur monastère.
Pourtant, suite à la Révolution de 1848, la réintégration des religieuses aura lieu, à la demande cette fois de la nouvelle commission administrative qui vote leur retour le 19 décembre 1849. Encore un fois, le nombre de religieuses augmente et l’opinion publique leur est favorable, étant donné la victoire contre l’anticléricalisme mais surtout à cause de leur dévouement lors du choléra de 1854, qui leur vaudra une médaille d’or des autorités municipales.
Voici qu’une cinquantaine d’années plus tard, en 1909, ce sont les sœurs réunies en chapitre qui votent l’arrêt de leurs services à l’hôpital Sainte-Marthe. En fait, le contexte de séparation de l’Église et de l’État explique le désir de la communauté de s’expatrier, ce qui d’ailleurs était fréquent en France au début du XXe siècle. On leur demande un délai jusqu’au 31 décembre 1910. La communauté des Hospitalières de Saint-Joseph quittera Avignon en 1911 pour se rendre fonder une nouvelle maison à Lobbes en Belgique. Les Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul prendront la relève à l’hôpital Sainte-Marthe.
Hôpital de L’Isle-sur-Sorgue
Dès le Moyen Âge, L’Isle-sur-Sorgue compte cinq hôpitaux et le syndic de L’Isle souhaite les réunir. L’Hôpital des Frères mineurs ou l’Hôpital Vieux subsistera financièrement grâce aux dons et aux legs des habitants. En 1403, un ecclésiastique et un laïc désignés par les syndics en assurent l’administration. En 1548, le prêtre de la paroisse, un administrateur et un procureur ont la charge de l’Hôpital. De 1646 à 1682, les recteurs, un prêtre et quatre laïcs sont désignés pour administrer l’hôpital, où il y a aussi : un économe, un trésorier, du personnel de soutien, un médecin, un aumônier et un notaire de la ville qui est l’homme d’affaires de l’hôpital. Par contre, à l’époque, c’est un personnel de fortune qui soigne les malades.
En 1684, les recteurs de L’Isle sollicitent l’aide des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph d’Avignon. La supérieure Mère Anne de Cléraunay visite l’hôpital, le trouve malsain et demande le transfert à un meilleur endroit. Seront donc achetés pour y bâtir l’hôpital des pauvres, le terrain et la maison de Monsieur de Vaucluse et le jardin du voisin. L’évêque de Cavaillon, Mgr de Sade, autorise la venue des Hospitalières de Saint-Joseph, et le 5 mai 1684 les religieuses et les députés de L’Isle-sur-Sorgue signent un acte passé en Avignon. Le 16 novembre 1685, deux sœurs hospitalières d’Avignon et une de Nîmes arrivent à L’Isle-sur-Sorgue, petite ville de 6000 habitants qui leur réserve un bon accueil. La ville fournit maison, chapelle, chœur séparé, sacristies et fontaine dans le jardin de la communauté, mais pas plus. Il s’agit de la neuvième maison fondée par les Hospitalières de Saint-Joseph.
Grâce à la générosité de quelques bienfaiteurs, des agrandissements seront effectués à l’hôpital en juin 1689. Entre 1759 et 1785, on fera les constructions et ajouts suivants : chapelle des morts, deux salles de convalescence, portail de la Cour d’honneur, laboratoire et pharmacie, fontaine du jardin, pavage devant la porte principale et pavage de la cour.
Pendant et après la Révolution française
La période révolutionnaire apportera des changements importants. Le 8 septembre 1792, ordre est donné de fermer le couvent où habitent seize religieuses. Elles choisissent de se disperser, mais cinq d’entre elles prennent un habit séculier et continuent de soigner les malades. En 1793, les caisses étant vides, on vend l’argenterie. En 1814, il n’y a plus que trois hospitalières, dont la Mère Carran. Trois sœurs viennent de Nîmes dans l’espoir de restaurer la communauté, mais découragées par des difficultés insurmontables, elles repartent après trois mois. Une dizaine d’années plus tard, les sœurs d’Avignon acceptent d’envoyer le renfort demandé. Le 18 août 1825, quatre religieuses hospitalières sont solennellement établies à l’hôpital de L’Isle. Sœur Marie-Thérèse Antoinette Vincent, qui sera supérieure à partir de 1831, relèvera et régénérera la communauté et l’hôpital de L’Isle-sur-Sorgue. Mais, en 1835, le choléra sévit.
Au XXe siècle, surtout après la guerre de 1939-1945, l’hôpital n’a cessé de s’agrandir et de se moderniser, grâce à des directeurs compétents et à un conseil d’administration qui se préoccupe de la qualité des soins aux personnes âgées et aux malades. Dès 1965, un Centre de Soins est construit pour malades en médecine et en convalescence et on construit un pavillon pour malades chroniques. En 1973, une première infirmière laïque est embauchée pour seconder les sœurs. Entre 1972 et 1984, une habitation plus adaptée aux besoins des sœurs est construite. Avec le temps, le rôle de la communauté se modifie à L’Isle-sur-Sorgue. Quelques sœurs demeurent encore actives sur le plan paroissial, dans le monde caritatif et à l’aumônerie de l’Hôpital. Leur présence s’estompe graduellement et, après 317 années de services auprès des malades et des personnes âgées, les dernières Hospitalières de Saint-Joseph quittent L’Isle-sur-Sorgue en 2002.
Hôpital des RHSJ
La marquise de la Porte, dame de Rivières et de Theyrargues dans le Gard, qui habite son château à Theyrargues, fait des démarches insistantes auprès de l’évêque d’Uzès pour fonder un hôpital pour les quelques 700 habitants des lieux. Elle souhaite qu’il soit confié aux Hospitalières de Saint-Joseph de Nîmes. Assez prospère, la communauté de Nîmes accepte d’envoyer trois sœurs pour soigner les malades. En novembre 1698, les fondatrices se rendent au petit village de Rivières, où il n’y a pas d’hôpital ni de couvent pour les recevoir. Mme la Marquise les accueille dans son château de Theyrargues et y installe un petit hôpital. Elles y seront dix-neuf ans, avant de prendre possession en 1717, d’un nouvel hôpital construit à Rivières.
On ne sait pas exactement ce qu’il advint des sœurs de Rivières-de-Theyrargues à la Révolution. Mais chose certaine la communauté des RHSJ fut dissoute en 1789, et elle ne se relèvera pas des suites de la Révolution. Même leurs archives ont disparu. On sait cependant que des efforts ont été faits par quatre sœurs de Nîmes pour se réinsérer à l’Hôpital de Rivières. Elles n’ont eu aucun succès, car, selon l’historien Couanier de Launay, « les divergences d’opinion, la discorde, puis la séparation et l’abandon de l’œuvre et vraisemblablement la perte de la vocation », auraient conduit à la fermeture de l’Hôpital de Rivières-de-Theyrargues. Cette communauté était la neuvième maison fondée par les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph en France.
Débuts de l’Hôtel-Dieu d’Ernée
Au début du XIIIe siècle, il y avait à Ernée en Mayenne, une maison-Dieu pour accueillir les pauvres. Un document datant de 1284 fait état de l’administration de cette maison qui sera plus tard nommée Hôtel-Dieu. Vers le milieu du XVIIe siècle, à la demande du curé d’Ernée, sœur Marguerite Lair, religieuse Bernardine du couvent de Mousse de l’ordre de Clairveaux, vint à Ernée munie des autorisations requises pour prendre en charge l’Hôtel-Dieu. Elle adopte les Constitutions et règles des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph de Laval et s’engage à fonder une communauté. En 1677, l’hospice est transformé en hôpital et, en 1678, sœur Lair tente en vain de faire venir les Hospitalières de Laval.
En 1690, les Chanoinesses de Saint-Augustin de Vire du diocèse de Coutances acceptent de venir desservir l’Hôtel-Dieu d’Ernée. En 1701, l’Hôtel-Dieu compte 20 lits et la communauté, pour qui un grand monastère est bâti, se dévoue au service des pauvres et des malades. Quand survint la Révolution française, les biens et revenus de l’hôpital sont saisis et, en 1793, tous les biens des sœurs sont vendus à l’encan sauf la maison conventuelle. On leur promet des rentes viagères, mais en février, les sœurs se voient obligées de quitter en secret pendant la nuit et de se réfugier dans leurs familles.
Dès 1801, sœur Marie Fortin dite Sainte-Claire accepte de revenir à l’hôpital d’Ernée, qui est une institution publique, et d’y faire venir quelques Hospitalières de Saint-Joseph moyennant certaines conditions : retour de leur couvent et réparations. Il y eut d’abord quatre sœurs, puis neuf un peu plus tard, ce qui est insuffisant.
Affiliation aux Hospitalières de Saint-Joseph de Laval
En 1819, la communauté des Chanoinesses de Saint-Augustin est réduite à un petit nombre de sœurs âgées, et l’évêque diocésain leur propose de s’affilier avec les Hospitalières de Saint-Joseph de Laval. La communauté d’Ernée accepte, mais la supérieure de Laval sœur Rojou exige une fusion complète. À la suite de pourparlers, les administrateurs de l’Hôtel-Dieu d’Ernée et les communautés religieuses de Laval et d’Ernée signent des contrats. Après un an de noviciat, les Chanoinesses prononcent leurs vœux en qualité de Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph. Trois sœurs de Laval viennent alors prêter main-forte à Ernée et sœur Paré est élue supérieure le 2 juin 1819.
Les Hospitalières de Saint-Joseph contribuent au progrès des soins de santé à l’Hôtel-Dieu d’Ernée. Au bâtiment vaste et antique de l’hôpital on adjoignit en 1880, un petit bâtiment pour contagieux appelé St-Roch. Puis en 1901, on ajoute tout près un autre bâtiment pour hydrothérapie. Les services de médecine et de maternité sont ensuite inaugurés.
Nouvel Hôpital et vieux monastère
En 1959, l’installation d’un bâtiment préfabriqué permet de recevoir un plus grand nombre de malades, en attendant que le nouvel hôpital sur l’avenue de Paris ouvre ses portes en 1963 à quelques centaines de mètres de l’ancien hôpital vétuste. Cela aura pour conséquence de répartir la communauté des sœurs en deux groupes : la communauté de l’hôpital avenue de Paris et la communauté de l’hospice qui habite toujours au vieux monastère du 3 rue Aristide-Briand. Les sœurs continueront leur activité à l’hôpital jusqu’en 1986, puis une sœur assumera des responsabilités à l’aumônerie jusqu’en 2003.
Quant au monastère des sœurs d’Ernée, depuis l’affiliation de 1819 jusque vers 1945, il y eut peu de changements d’effectués. Il faut attendre 1952 pour voir certaines rénovations : réfection des toitures; cuisine refaite à neuf; chariot chauffant pour réfectoire. En 1966-1967, on installe le chauffage central et on place des lavabos dans les chambres. Vers 1970, il y a 32 sœurs à la communauté dont neuf en activités à l’hôpital et dix à l’hospice. En 1971, le groupe de sœurs exerçant à l’hôpital forme une petite communauté qui ira habiter avenue de Paris jusqu’en 1986.
En 1975, onze sœurs de Laval sont transférées à Ernée puis, en 1983 et 1985, des sœurs de la Flèche et de Baugé se joignent au groupe pour former la Communauté des sœurs aînées. Avec le temps, l’âge et la santé des sœurs, l’espace communautaire trop grand pour les besoins sont les principales raisons qui obligent la Congrégation à fermer la communauté. En 2010, les dernières sœurs quittent Ernée pour former la communauté de Nazareth au 6 de la rue Michel-Rabouan à Beaupréau. Éventuellement, la propriété sera vendue et le monastère restauré par les nouveaux propriétaires environ 15 ans après le départ des sœurs hospitalières.
Débuts de l’Hospice St-Martin de Beaupréau en 1826
Sensibilisé aux besoins des malades, des démunis et des orphelins, l’abbé Michel Rabouan, curé de Saint-Martin de Beaupréau, fonde en 1826, un hospice pour accueillir les démunis. Il est secondé par un laïc, Victor Brevet, et par Louise Voisin, qui deviendra religieuse. En 1832, après un essai infructueux, le curé Rabouan fonde une communauté religieuse en s’inspirant des Constitutions des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph de Baugé, où il a une sœur religieuse. L’évêque d’Angers approuve la nouvelle communauté et les sœurs prennent le nom de Sœurs de Saint-Joseph.
En 1836, des personnes démunies sont accueillies à l’hospice et en 1843, le curé Rabouan fait construire une partie du bâtiment qui servira par la suite d’hôpital. Entre 1846 et 1849, il fait bâtir les bains, le lavoir et des bâtiments plus près du parc. La Maison St-Michel réservée aux prêtres retraités est terminée en 1870. Mère Louise Voisine assure la direction de l’ensemble pendant un demi-siècle.
Orphelinat et pensionnat
L’école Saint-Martin ouverte en 1826 eut comme enseignantes des Sœurs de Saint-Joseph jusqu’à sa fermeture en 1912. Un orphelinat fondé en 1847 répond aux besoins de la région jusqu’en 1957. L’école de l’orphelinat fut construite en 1941-1942. Le pensionnat ouvert en 1862 avait dû fermer ses portes en 1905, à cause de la loi Combes interdisant l’enseignement aux congrégations religieuses.
Communauté des Sœurs de Saint-Joseph
En 1838, Monsieur le curé Rabouan fait bâtir un chœur pour les religieuses, car il souhaite depuis longtemps qu’elles soient cloîtrées. Le 19 mars 1839, plusieurs novices de la communauté de Saint-Joseph font leur profession religieuse: Louise Voisine est du nombre. Pour les besoins de la communauté dont les effectifs augmentent, on creuse en 1892 les fondations du bâtiment de la communauté, dont l’ouverture aura lieu en 1894. L’architecte est M. Tessier. En 1903, la supérieure Mère Chartier se rend à Baugé demander l’affiliation avec les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, qui sera accordée l’année suivante. Plus tard, le nombre de sœurs ayant sensiblement augmenté, il faudra construire un nouveau bâtiment pour répondre aux besoins de la communauté. La bénédiction de la nouvelle aile aura lieu en 1951.
Progrès de l’Hôpital des RHSJ au XXe siècle
La construction de l’Hôpital avec service de chirurgie s’effectue de 1925 à 1928. Le service de maternité ouvert en 1944 est transféré à la Clinique Saint-Joseph au Château en 1960 et on y ajoute le service de chirurgie. La construction du service Saint-Louis se fera en 1955. En 1965, d’autres services se modernisent : buanderie, lingerie, pavillon médical et récupération fonctionnelle. En 1966, le pavillon Saint-Victor est en service. En 1973, vingt jeunes filles sont installées au pavillon de l’Oasis. Les ateliers d’ergothérapie ouvrent en 1975 et la nouvelle cuisine en 1978. Divers services de l’hôpital sont rénovés et l’appellation d’hospice est abandonnée. L’établissement sera désormais connu comme Hôpital-Privé / Maison-de-Retraite.
En 1990, un premier directeur laïc est nommé et l’Association Sainte-Famille est mise sur pied. En 1995, ce sera l’ouverture du foyer pour personnes adultes handicapées. En 2003, l’infirmerie de la communauté des RHSJ est intégrée à l’hôpital maison de retraite. En 2011 s’achève la restructuration des services Le Royer et de l’unité Saint-Joseph à la maison de retraite qui devient un Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).
Rayonnement des RHSJ à Beaupréau
La communauté de Beaupréau étant assez prospère et nombreuse, deux autres œuvres en santé verront le jour au milieu du XXe siècle. De 1958 à 1963, quatre sœurs hospitalières iront travailler à la clinique Notre-Dame-des-Mauges à Cholet. De 1957 à 1979, un groupe de sœurs de Beaupréau assure la direction et les services à l’Ermitage Saint-Joseph de Tharon-Plage en Loire-Atlantique.
La grande communauté des RHSJ de Beaupréau nommée Saint-Joseph occupait les anciens bâtiments des Établissements Saint-Martin. Au cours des années 1960, quelques petites communautés de RHSJ se sont formées. En lien avec l’évolution de l’hôpital, quelques sœurs choisissent de vivre dans une maison séparée, tout en continuant d’être présentes dans les services.
La communauté Marie-de-la-Ferre érigée en 1995 occupe les locaux d’une nouvelle maison, au 8, rue Michel-Rabouan. En 2010, une petite communauté nommée Nazareth y est aménagée pour accueillir les sœurs de la communauté d’Ernée. En 2020, la communauté Saint-Joseph est dissoute et les sœurs malades relèveront par la suite de la communauté de Marie-de-la-Ferre, même si elles habitent toujours à l’EHPAD. En 2021, les trois dernières sœurs de La Flèche se joignent à la communauté de Marie-de-la-Ferre qui compte alors une dizaine de religieuses. Ce sera la dernière communauté de Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph en France.
Hôtel-Dieu de Lobbes
Les Hospitalières d’Avignon décident d’elles-mêmes en 1909 de quitter l’hôpital Sainte-Marthe. Une première raison de cette décision est le manque de personnel religieux pour assurer tous les services de façon satisfaisante. De plus, à cause du peu de soutien de l’administration hospitalière et des troubles politiques, les Hospitalières de Saint-Joseph se voient obligées de partir. Elles décident de s’expatrier à Lobbes dans le Hainaut près de Charleroi en Belgique. Elles font l’acquisition d’une abbaye dont une partie sera transformée en clinique privée sous le vocable de Saint-Joseph.
En 1914, un projet d’agrandir l’œuvre est interrompu par la Première Guerre mondiale. La correspondance des sœurs de Lobbes avec les autres maisons de la congrégation raconte la vie des sœurs en temps de guerre et le sort pénible des réfugiés et des soldats hospitalisés. Les sœurs font preuve de courage et de dévouement auprès des malades. Durant l’entre-deux-guerres, leur clinique fait du progrès, mais ce sera de courte durée.
Plus cruelle que la précédente pour les sœurs hospitalières, la Deuxième Guerre mondiale aura de terribles conséquences sur la petite ville de Lobbes frappée par de graves bombardements. Le 20 mai 1944, le couvent des sœurs hospitalières est sérieusement endommagé et la Clinique Saint-Joseph est entièrement détruite par les bombes. Les sœurs trouvent refuge pendant quelques mois chez les Sœurs de Notre-Dame de Thuin pendant qu’on tente de réparer leur couvent. De retour, elles pourront même y accueillir quelques malades.
Retour en France
Devant le manque de recrutement de nouvelles hospitalières et les désastres matériels, la communauté de Lobbes décide de cesser toute activité hospitalière. Les sœurs devront faire résilier un contrat d’une durée de 30 ans signé en 1927 avec la clinique chirurgicale et les médecins. Ne pouvant relever l’hôpital endommagé par deux bombardements, les quinze sœurs Hospitalières de Saint-Joseph quittent Lobbes en 1947 et se dispersent dans les communautés de la congrégation au nord-ouest de la France. La supérieure, Mère Raoult, rejoint la communauté de Laval, et leurs bagages y compris les archives d’Avignon / Lobbes sont expédiés à Beaupréau.
Ermitage Saint-Joseph
Au milieu du XXe siècle, la communauté de Beaupréau est prospère et le grand nombre de sœurs lui permet une certaine expansion de ses œuvres. Les sœurs ont assuré la gestion de la clinique Notre-Dame-des-Mauges à Cholet de 1958 à 1963. En même temps, la communauté des Hospitalières de Saint-Joseph peut se permettre de fonder et soutenir une œuvre consacrée aux soins des personnes âgées à une centaine de kilomètres de Beaupréau. En 1957, deux sœurs de Beaupréau arrivent à Tharon-Plage en Loire-Atlantique pour desservir l’Ermitage Saint-Joseph et s’occuper des pensionnaires de quatre jolies villas ou pavillons distincts.
La communauté des sœurs hospitalières de Tharon-Plage, qui a existé de 1963 à 1979, était étroitement liée à Beaupréau pour les affaires matérielles et le recrutement du personnel pour assurer les services. Les pavillons, y compris la chapelle, sont la propriété de la communauté de Beaupréau. Les religieuses habitent une grande maison avec cuisine centrale, buanderie et autres services pour l’ensemble de l’Ermitage Saint-Joseph. En plus de veiller au bien-être des pensionnaires dans l’une ou l’autre des villas, les sœurs leur portent les repas et se chargent de l’entretien des divers pavillons avec l’aide d’employés.
Après 22 années de bons services à Tharon-Plage, la décision est prise de discontinuer cette œuvre et de retourner à Beaupréau. Le départ des derniers pensionnaires eut lieu le 28 février 1979 et les sœurs quittèrent le 12 juin. Toutes les maisons ont été vendues, excepté la Villa Quiétude qui servit de maison de repos et de vacances pour les religieuses, jusqu’en 2008.
Province Sainte-Famille
En 1952, les maisons des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph qui étaient autonomes depuis les débuts, s’unissent pour former une Fédération, qui sera remplacée dix ans plus tard par un Généralat français. En 1965, toutes les maisons des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph de la France adhérent au Généralat d’Amérique des RHSJ dont le siège social est à Montréal. Les maisons françaises forment la province Sainte-Famille. Le nouveau Conseil provincial et l’administration s’installent d’abord à Angers en 1965, puis à Paris de 1967 à 1994 et enfin à La Flèche.
En 1965, le Conseil général nomme Mère Pauline Maillé, première supérieure provinciale, et sœur Hélène Lamarre, maîtresse de formation. La première maison provinciale Sainte-Famille sera située dans l’ouest de la France. Le 27 septembre 1965, le Conseil provincial arrive au 2, rue Denis-Papin à Angers. Les conseillères provinciales y viendront au cours des semaines suivantes. En 1966, la maison de formation de Laval est transférée à Angers. Pour répondre aux besoins de la formation et favoriser l’accueil pour tous, en 1967, l’administration provinciale s’installe à Paris, au 9, rue Lemercier, dans le 17e arrondissement.
En 1994, le conseil provincial quitte Paris pour La Flèche. Le nouveau siège social administratif de la province Sainte-Famille sera situé à la Maison des Hospitalières de Saint-Joseph au 12, rue Henri-Dunant. En 1999, la province devient officiellement une région de la congrégation des RHSJ, dont l’administration générale est à Montréal, au Canada. Les archives historiques de toutes les maisons de la province et de la région Sainte-Famille ont été déposées aux Archives départementales de Maine-et-Loire entre 2008 et 2023. En 2024, il ne reste plus en France qu’une seule communauté de Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph à Beaupréau-en-Mauges, dans l’ouest de la France.
